De Claude Gueux à Yannick Sansonetti, on externalise le coût du harcèlement !

Montreuil, le 12 mars 2018

« On va voir ce que la société en a fait. »

Dès la deuxième page, Hugo nous annonce la couleur : Pour lui, c’est la société qui a poussé un homme droit et honnête à tuer.

L’histoire de Claude Gueux, c’est l’histoire d’un homme « habile, intelligent, fort mal traité par l’éducation […] ne sachant pas lire mais sachant penser ». Poussé à voler pour faire survivre sa famille, il termine en prison. Il va y être confronté au directeur de la prison, un petit chef bête et têtu, « en un mot, pas méchant, mauvais ».

L’homme, jaloux de l’aura de Claude sur les autres prisonniers, décide de torturer mentalement Claude, jusqu’à lui enlever la seule chose qui lui permet de tenir. Après de nombreuses requêtes, supliques et menaces, Claude Gueux décide de tuer le directeur de la prison, et de se suicider. Ne réussissant pas à se donner la mort, il affronte le jugement et accepte ses responsabilités, froidement, calmement, ne perdant son sang froid que lorsque le procureur l’accuse d’avoir tué sans avoir été provoqué :

« Quoi ! Je n’ai pas été provoqué ! Ah ! oui, vraiment, c’est juste. Je vous comprends. Un homme ivre me donne un coup de poing, je le tue, j’ai été provoqué, vous me faites grâce, vous m’envoyez aux galères. Mais un homme qui n’est pas ivre et qui a toute sa raison me comprime le coeur pendant quatre ans, m’humilie pendant quatre ans, me pique tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes, d’un coup d’épingle à quelque place inattendue pendant quatre ans ! J’avasi une femme pour qui j’ai volé, il me torture avec cette femme ; j’avasi un enfantpour qui j’ai volé, il me torture avec cet enfant ; je n’ai pas assez de pain, un ami m’en donne, il m’ôte mpon ami et mon pain. Je redemande mon ami, il me met au cachot. Je lui dis vous, à lui mouchard, il me dit tu. Je lui dis que je souffre, il me dit que je l’ennuie. Alors que voulez-vous que je fasse ? Je le tue. C’est bien, je suis un monstre, j’ai tué cet homme, je n’ai pas été provoqué, vous me coupez la tête. Faites ! »

Victor Hugo livre ensuite un réquisitoire contre le gouvernement, et un plaidoyer pour l’éducation du peuple, et contre la peine de mort.

Le meutre du directeur de prison n’est qu’un détail de l’histoire de Claude Gueux. L’important, c’est comment un homme, poussé à bout, a pu décider froidement de sa propre mort. 

L’analogie avec la mort de Yannick Sansonetti me saute à la gorge : 

 Harcelé par le management de Lidl, Yannick Sansonetti finit par se donner la mort dans un entrepôt le 30 mai 2015. Avant de passer à l’acte, il avait effectué, chaque jour de la semaine, la recherche internet suivante : « les méthodes pour se pendre »[1]. 

En 200 ans, la méthode a changé, mais pas la finalité. Hier, les hommes poussés au désespoir finissaient guillotinés. Aujourd’hui, ils finissent pendus dans les entrepôts. Un genre d’externalisation, diraient les cyniques…

[1] Anatomie d’un crime managérial, Fakir n°84, février-avril 2018

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s