Une place pour chaque étudiant, mais quelle place ?

Montreuil, le 21 février 2018

« Jusqu’à présent, nous vivions dans un système où la sélection était cachée, mais bien présente, par le tirage au sort mais surtout par l’échec. Nous entrons maintenant dans un système où, la ministre a bien insisté là dessus, tous les étudiants auront leur place »[1]. En lisant cette phrase dans un article du Monde, ce matin, je me suis dit « Mais oui ! Merde ! C’est exactement ça ! » Et c’est exactement ça qu’il faut dénoncer ! Car dans cette phrase, tout est dit : « tous les étudiants auront leur place ». Enfin tout, non… Parce que de quelle place on parle, là, exactement ? 

On pourrait considérer que la finalité même de la citoyenneté, ça serait justement de trouver sa place dans la société. Ici, l’école, et les études supérieures auraient une mission émancipatrice auprès de l’élève. Le but ne serait pas de donner sa place à chacun, mais de laisser à chacun le moyen de prendre sa place.

Mais là, il ne s’agit pas de ça ! « Tous les étudiant auront leur place »… Oui ! La place qu’on voudra bien leur donner. La place qui leur sera destinée, dans la grande cordée de la société : « Toi, là-bas, avec les premiers de cordée ! Toi, au bout de la file, t’inquiètes pas, ça va ruisseler ! » C’est ça le modèle qu’on nous propose, un modèle de reproduction sociale, qu’on nous démentira en nous montrant les quelques exemples d’élèves qui se seront battu et auront su s’extirper et braver les lois de la Nature… Parce qu’il faut être un winner, dans la Start-Up Nation !

L’idée républicaine de construire des esprits, des citoyens égaux, émancipés et capables de disposer d’eux même et de leur futur est relayé à une douce utopie… Ce qui compte, c’est de prendre sa place dans la file, sa place dans l’entreprise, sa place dans la cordée… Celle qu’on vous donne, bien sûr… Et surtout ne pas bouger, ne pas revendiquer ! Car il faut répondre à tout prix aux exigences du marché du travail, de l’entreprise, du pragmatisme économique… L’émancipation des esprits, c’est clair, c’est pas rentable…

Alors oui ! Dans le système actuel, il y a parfois du tirage au sort, et c’est dégueulasse ! Oui, il y a de la sélection par l’échec (même si, au lieu de s’attacher au chiffre des 60% d’abandon en L1 comme le fait Mr. Blanquer, on pourrait s’intéresser au fait que 80% des jeunes entrant dans les études supérieures en sortent avec un diplôme[2]…).

Les problèmes existent, ça ne sert à rien de le nier ! Mais ici, on ne les règle pas, on les institutionnalise !

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