A Romainville, arbres et humains résistent aux bulldozers

Romainville (93), le 13 novembre 2018

 Malgré l’inquiétude et le manque de concertation dénoncé par les opposants, Valérie Pecresse, présidente du conseil régional d’Ile-de-France, avait décidé fin septembre de lancer les travaux pour la réalisation de la nouvelle base de loisir de la Corniche des Forts. Première étape : faire tomber plus de 2000 arbres de la forêt naturelle qui avait repris ses droits, et bétonner les sous-sols. C’était sans compter sur le collectif des « Amis de la Forêt de la Corniche des Forts » (AFCF) et leur détermination à résister et défendre ce patrimoine exceptionnel, digne d’Alice au Pays des Merveilles.  Retour sur un mois de luttes. 

 

L’urgence : stopper les travaux

Le 8 septembre, les tronçonneuses commencent à gronder dans la forêt. Le dimanche 13, une grande manifestation a lieu devant la forêt. Des membres du collectif AFCF, des élus (Danièle Simonet, Bastien Lachaux et d’autres…), des riverains forment une chaine humaine autour des grilles qui enferment l’ancienne carrière de gypse, reconvertie en forêt sauvage. (voir notre précédent article ici).

la forêt, après passage des bulldozers

Très vite, la résistance se met en place. Tous les matins, à 7 heures, les militants se regroupent. L’arrêt des travaux est la priorité immédiate. S’ensuivent manifestations, intrusions sur le chantier pour stopper les machines. Après une semaine de lutte, d’évacuations par la police municipale, de montage de barricades, le chantier est suspendu. Première victoire pour les militants, mais à un prix fort : Une grande partie des arbres ont déjà été abbatues. Les machines se replient, laissant derrière elles un paysage de désolation.

La criminalisation de la lutte 

La région attaque alors les militants sous une autre forme devenu classique dans les luttes écologiques, et dans les luttes en général : la criminalisation du militantisme.

Sept personnes sont convoquées au tribunal administratif de Montreuil le mercredi 7 novembre. La région les accuse d’occuper une propriété privée. Elle en profite également pour formuler une demande d’expulsion des occupants, donc l’intervention de la police nationale.

La requête de la région est jugée irrecevable par le juge des référés, car le mouvement de contestation ne peut pas être qualifié d’occupation.

Une nouvelle déconvenue pour la région, et un peu d’optimisme pour les militants. Mais qui ne doit pas faire oublier la réalité : La police a toujours la possibilité d’interpeller les militants pour intrusion sur une propriété privée.

Deux militants ont d’ailleurs été convoqués pour être entendue par la police le jeudi 8 novembre. Aucun doute que la guerre d’usure judiciaire ne fait que commencer.

Un chantier « à la Marseillaise ? »

Les deux déconvenues subies par les promoteurs du projet n’ont en rien freiné leur détermination à voir aboutir le chantier.

La région a d’ailleurs reçu le permis d’aménager le 5 novembre dernier, et a décidé de reprendre les travaux le 7 décembre. Un mois de répis pour les militants ? Pas vraiment, pas du tout d’ailleurs. La région vient de commander à l’entreprise chargée du chantier la réalisation d’une clôture de 1,6 km de long, pour la modique somme de 100 000 €. Il semble que l’on se dirige vers un scénario « à la Marseillaise », en référence aux militants de la Plaine de Marseille, qui ont vu pousser, début novembre,un mur de 400 000 € autour du chantier de destruction qu’ils combattent (voir article ici). Bienvenue en Absurdistan !

Une mobilisation grandissante

La Région semble donc continuer à vouloir passer en force. C’est pourtant faire fi de la mobilisation grandissante. En effet, depuis un mois, le groupe de militants s’est élargit, se constituant comme un groupe de résistance protégeant une véritable Zone à Défendre. Les riverains sont de plus en plus nombreux à être au courant du mouvement, les messages de soutien d’autres mouvements de résistence se multiplient, ainsi que les messages de soutien d’élus et de personnalités (vous retrouverez ici le message de soutien de Peter Wohlleben, ingénieur forestier et auteur de « La vie secrète des arbres »). La pétition compte aujourd’hui plus de 22 000 signatures. Les articles de presse et apparitions dans des émissions de radio se multiplient.

La mobilisation arrive donc à une étape charnière : alors que la région continue à rejeter la demande de moratoire proposée par les AFCF, et à s’entêter dans sa stratégie du bulldozer, en niant le bien fondé de la mobilisation, en la criminalisant et en se coupant de la population par l’édification d’un mur (démocratie, quand tu nous tiens…), il est de plus en plus essentiel de soutenir ceux qui militent pour préserver un îlot de biodiversité au sein de la région la plus urbaine de France. 

 AUX ARBRES !

 

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