La lutte pour la retraite des agriculteurs, une preuve d’amour pour nos territoires !

Paris, le 16 mai 2018

Ce soir, nous avons rencontrés les membres du MODEF (confédération syndicale agricole des exploitants familiaux), qui manifestaient devant le Sénat, alors qu’un projet de loi proposant la revalorisation de la retraite des agriculteurs à 85% du Smic était débattu. On a discuté avec Jean Mouzat, agriculteur, maire et président du MODEF. Entre retraite des agriculteurs, états généraux de l’alimentation, installation des jeunes, mais aussi amour des territoires et de la ruralité, retour sur un entretien passionné.

« – Alors, pourquoi vous êtes venus manifester devant le Sénat aujourd’hui ?

– Il n’y a pas si longtemps, le Sénat défendait le projet porté par le député communiste du Puy de Dôme,  André Chassaigne, pour une revalorisation des retraites agricoles à hauteur de 85 % du SMIC, au lieu de 75 %.  On avait, et c’est un fait assez rare pour être souligné, obtenu l’unanimité dans cette assemblée, pour adopter ce projet de loi.  Et madame la Ministre, qui ce jour là était porte parole du Président de la République bien évidemment, a soulevé une procédure pour bloquer l’issu de la procédure parlementaire, et donc on n’a pas pu faire passer cette proposition.

Aujourd’hui, ce projet de loi est présenté à nouveau. Alors on est venu apporter notre soutien plein et entier, d’abord au député du Puy de Dôme, mais aussi à tous les sénateurs qui  voulaient voter cette proposition de loi. Et en même temps, crier haut et fort contre le comportement de ce gouvernement, qui a décidé de rester arc-bouté contre toute forme de revendications, et donc d’empêcher nombre de petits agriculteurs de percevoir une retraite un peu plus décente.

Ça aurait fait à peu près 85 ou 90 € par mois en plus. C’est pas grand-chose, mais c’est toujours ça quand on connait le montant des retraites. Quand on pense qu’une des camarades qui nous a accompagné aujourd’hui, qui a été agricultrice toute sa vie, perçoit 540 € de retraite mensuelle ! Et son mari, lui, en a 820. En gardant ça en tête, on prend la mesure des difficultés qu’ont à vivre les retraités agricoles.

– Les états généraux de l’alimentation ne vous ont pas apporté quelques solutions, quelques réponses ?

– Vous savez, le MODEF a beaucoup participé à cette fanfaronnade qui a été mise en place par le Président de la République dès son élection. Car, disait-il, il allait régler la problématique du revenu des paysans. On a fait des grandes réunions : 14 ateliers, qu’on a réuni une quinzaine de fois, avec 70 personnes dans chaque atelier ! C’était un  truc énorme. Ca a été un débat qui a duré longtemps, mais en fait, c’est la montagne qui va accoucher d’une souris, parce qu’il ne va rien en sortir de concret.

Depuis le premier jour, on a revendiqué un juste prix payé au producteur. Parce qu’ on a les moyens de pouvoir établir aujourd’hui un juste prix qui permet à la fois de rémunérer le travail du paysan, et d’avoir un produit de qualité accessible au consommateur de ce pays. Si on regarde bien ce qui se passe à l’heure actuelle, on a un schéma qui s’est créé autour de l’alimentation qui ne nous convient pas, qui nous correspond pas, et qui ne convient à personne, parce qu’en même temps on n’a pas de produits de qualité, et le producteur ne peut pas gagner sa vie. On marche sur la tête !

– Ce problème là, on sait qu’il est beaucoup dû à la pression qu’exercent les industries agro-alimentaires, et surtout les grandes surfaces sur les producteurs. Justement, à ce sujet, on a eu l’impression qu’à un moment, ils étaient prêts à lâcher beaucoup plus…

– Vous avez eu cette impression la ?! Vous savez, c’est pas des philanthropes, loin de là. Et aujourd’hui, la position qui est la leur ne m’étonne pas. Parce que moi, contrairement à ce que vous pensez, jamais je n’ai senti de leur part une volonté de faire avancer les choses, sauf, un tout petit peu à la marge, quelques fois.  Non, la vérité c’est qu’on a gaspillé beaucoup de temps, beaucoup d’énergie et aujourd’hui, c’est le statut quo. Et peut être même qu’on a régressé.

Je suis producteur, de viande notamment, en Corrèze, j’ai vendu ce matin des animaux. On nous paye un prix par carcasse qui est quasiment le prix qu’on nous payait il y a 35 ans. C’est une catastrophe. En même temps, les prix à la consommation ont augmenté entre 60 et 80% pendant ce laps de temps. Où sont passées les marges !? C’est pas sérieux ! Celui qui a payé le prix fort, c’est le producteur. C’est l’agriculteur qui porte les frais de cette politique libérale, au seul profit des ceux qui gagnent le plus et qui veulent toujours gagner plus.

– Et c’est ces marges énormes que certains se font sur le dos des consommateurs et des agriculteurs qui détruit l’agriculture…

– Exactement ! Et l’agriculture c’est quoi ? C’est la production de produits alimentaires, oui.  Mais c’est aussi l’entretien de tous ces paysages…  Si nos territoires ont la beauté qu’on leur connait partout en France, c’est pas dû au hasard. C’est qu’il y a des gens qui ont travaillé dur à ca. Si demain on n’a plus d’agriculture, qui assurera l’entretien de ces espaces magnifiques ? Qui continuera à peindre cette belle mosaïque ?

C’est aussi pour ça qu’on se bat pour l’installation des jeunes ! Il faut donner des moyens aux jeunes, et arrêter de leur dire que c’est le schéma libéral qui leur permettra de sauver l’agriculture.

L’humain d’abord ! Pas l’argent. Donnons les moyens à des jeunes couples de s’installer dans nos campagnes. Et installer de jeunes couples, c’est aussi prévoir pour leurs futurs enfants, garder nos écoles vivantes, mettre en place des actions culturelles, partout sur le territoire. Parce que, nos jeunes, il faut qu’ils viennent travailler, il faut qu’ils viennent vivre au pays… Mais pour ça il faut leur donner les moyens d’avoir la qualité de vie qu’ils méritent. Nous sommes des êtres humains, et que nous soyons à Paris ou au centre de la Corrèze, on mérite d’être bien traités !

Vous savez, moi je suis Maire d’une commune rurale de 600 habitants depuis bientôt 30 ans. J’avais voulu créer une salle de spectacle, à l’époque. On me prenait pour un fou. Eh depuis on a un festival. Il y a des jeunes qui sont venus. On s’est battu quoi ! Les parents se sont battus pour garder la classe ouverte. Le centre de loisir a besoin de vivre… Voilà autant de témoins de la vie sur les territoires !

Il faut faire vivre la campagne, il faut participer à sa vie ! Il faut qu’elle soit joyeuse, gaie ! C’est ça la vie à la campagne. Et avec des jeunes, qui ont l’amour de ces territoires, de cette culture, de ces gens. Parce que ce mélange générationnel, il est formidable. Pendant la préparation de notre festival, qui dure une semaine, ça va du petit gamin de 8 ans qui commence à porter sa première planche pour aller la clouer, jusqu’au papi  de 90 ans qui explique ce qu’a été sa vie… C’est quelque chose !

Mais ça ne se fait pas de rien. Nos bénévoles, qui sont très nombreux, l’essentiel, c’est de les faire vivre ensemble. Ca veut dire les respecter  dans leur travail pour préparer ce festival. Ils le font avec un grand enthousiasme. Et à midi, la moindre des choses, c’est bien que la collectivité leur offre le repas, tous ensemble, et le soir pareil. Que le Maire vienne boire un apéro avec eux. Je parle pas de s’arsouiller…  Mais partager l’apéro quoi. Parce qu’on parle ! On aborde tous les sujets sociétaux et  même la politique. Et ils ont la banane, quoi ! C’est ça, la vie c’est simplement ça ! Faut savoir donner un peu ! »

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