Macron à la conquête de l’imaginaire

Montreuil, le 30 avril 2018

Dans la nuit de dimanche à lundi, un nouveau campus universitaire a été évacué par les forces de l’ordre. Une évacuation pleine de sens, à l’aube d’une semaine qui s’annonce tendue, avec trois jours de mobilisation déjà prévus. Alors que l’Etat s’enlise dans le bourbier de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, cette nouvelle évacuation n’est qu’un des nombreux signes que la guerre que même Macron, sous couvert de combat social, est une guerre idéologique.

La violence sociale de la politique néolibérale du président aura jusqu’à présent difficilement échappé à quelqu’un. Entre la destruction programmée des rares statuts encore enviables de notre société (cheminots, fonctionnaires), le démantèlement  du code du travail, l’imposition du principe de sélection et de compétition dans les rares bastions de la République qui en étaient encore exempts, une politique migratoire indigne, et bien d’autres chantiers ouverts sous un fond de suppression de l’ISF, Macron a clairement montré de quel côté du portefeuille son cœur balançait.

Ayant renoncé dans ses premiers mois de mandat à sa mission présidentielle de représentation de tout le peuple, il a en fait très rapidement délaissé une bonne partie de la population (les riens, les feignants…) pour flatter les puissants. Le réac est rassuré, les classes supérieures sont de plus en plus convaincues et l’électeur historique de droite trouve peu à redire à son programme.

Mais l’opinion des classes populaires décroche, s’effondre. Les pauvres grognent ! Il faut les reconquérir.

Et c’est sur ce constat qu’apparait lors de ses deux interviews télévisées des 12 et 15 avril derniers, comme par enchantement, le nouvel ennemi commun, qui pourra souder la Nation : Les « professionnels du désordre », qui sévissent notamment dans les universités, et à NDDL. Qui sont ces gens, qui s’approprient (ou se réapproprient) des terres, des lieux, sans être passés par la case «Etat de droit » et « Etat d’ordre » ? Ces gens qui prennent en otage, dépossèdent les pauvres gagne-petit qui, eux, veulent bien subir cet « Etat d’ordre » et ses règles ?!

Macron le pragmatique, en désignant les occupants des terres et des facs comme des fanatiques du désordre, sans autre conviction que le chaos, se mue tout à coup en grossier populiste. Les masques tombent, et la véritable portée de la guerre sociale qu’il est en train de mener surgit.

Écraser, détruire, soumettre l’imaginaire.

Car on peut difficilement penser qu’un groupe de cultivateurs et de naturalistes présentent un danger immédiat à la sécurité de la France. Mais les idées qui y circulent, les modes de vie nouveaux qui s’y construisent, les expériences agricoles qui s’y mènent font peur. Comment tolérer qu’au sein de la République des idées différentes, voire contraires au monde pragmatique du néolibéralisme prennent vie, se développent en dehors des règles prédéfinies par ce même néolibéralisme ?  De même, comment peut-on laisser la jeunesse s’auto-organiser, développer ses idées, ses programmes, s’émanciper, sur une autre base que celle du pragmatisme macronien ?  Il faut donc soumettre, étouffer ces voix dissidentes. Par la  dé-crédibilisation dans les médias, et par une répression policière forte sur place. La blague et la matraque : La main de fer dans un gant de velours fait son grand retour.

Ceux qu’on ne peut pas soumettre par le portefeuille le seront par les lacrymogènes ! Voilà le mot d’ordre de Macron et de son néolibéralisme autoritaire.

Ne nous y trompons pas. Au nom du respect du droit commun, ou de la sécurité, c’est l’imaginaire qui est attaqué. La liberté d’imaginer un monde nouveau, différent, qui nous avait pourtant été promis par le candidat Macron.

Le constat est là : aujourd’hui, en France, on combat l’imaginaire des gens à grands coups de véhicules blindés et de CRS.

Alors, quel meilleur mois que celui de Mai pour réactiver un imaginaire atrophié, sclérosé, et toujours plus menacé ? Quel meilleur mois que le mois de Mai pour nous réapproprier l’espace, et le réinventer ? Rues, universités, gares, bourses du travail, usines… Tout cela nous appartient, il est temps de s’en rappeler. Pensons printemps !

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