La politique comme « question de vie ou de mort » pour rassembler banlieue et monde rural délaissé

Bagnolet, le 27 novembre 2018

Mettre  les quartiers populaires de banlieue et les zones rurales délaissées autour de la même table, pour discuter des similitudes et des différences entre ces deux mondes qui se rencontrent rarement. C’était l’objectif de cette discussion entre Youcef Brakni (membre du comité Justice pour Adama) et Edouard Louis. Retour sur la soirée. Pour la vidéo de la rencontre, c’est par ici

Pas de langue de bois ou de formule consensuelle, mais plutôt un constat objectif préalable :

Le lien entre quartiers de banlieue et zones rurales n’existe actuellement pas. Edouard Louis le reconnait : Souvent, dans ces zones rurales isolées, voter, c’est voter extrême-droite. Les quartiers de banlieue, c’est l’identification négative : « Nous, on est pas comme les racailles des cités ».

Le racisme y est courant. Mais il ne s’agirait pas d’un racisme bourgeois, intellectuel, institutionnalisé. Mais plutôt un racisme sur le mode « toi tu es un Noir, mais je t’aime bien ». Cette forme de racisme est tout aussi violente pour celui qui en est victime, et va jusqu’à détruire des vies. Mais il semble qu’il laisse une porte entrebâillée, une possibilité de construire autre chose.

Alors, comment construire une autre relation ?

D’abord relever la tête. Sortir du rôle auquel on a assujetti les classes populaires : celle de « classe objet » dont on va manipuler l’image selon les intérêts du moment.

Ainsi, avec l’apparition du mouvement des gilets jaunes, les zones rurales passent du statut de zones bucoliques de préservation d’une authenticité à la française à une zone raciste et fasciste (la peste brune). Le mythe du bon ou du mauvais sauvage, mais du sauvage quand même.

De la même manière, Youcef Brakni dénonce une partie de la gauche, qui se voudrait porteuse de la voie des quartiers populaires, mais qui est prête à l’accuser de communautarisme à chaque différence de point de vue.

Sortir de l’axe de lecture imposé par les dominants. En le combattant, en réactivant la culture de la confrontation à gauche. Marquer des lignes de fractures claires. Ne pas accepter que certaines questions soient débattues : « Pour ou contre l’Islam? », « Pour ou contre le mariage gay? » Ne plus considérer ces questions comme des invitations au débat mais comme des insultes. Imposer ses propres débats, ses propres questions.

Refuser la place donnée à la politique par les classes dominantes. Pour celles-ci, peu importe le pouvoir en place, elles ne seront que peu touchées par les réformes. Et comme les gens qui font de la politique viennent pour la plupart de ces classes dominantes, il y a une dénégation de la politique et de son rôle.

Mais pour beaucoup de gens, la politique, ça veut dire « est-ce que je vais vivre, ou pas ? Est-ce que je vais manger, ou pas ? ». Pour Edouard Louis, « il faut absolument recommencer à parler des gens qui meurent à cause de la politique ». 

Recommencer à parler de la réalité, celle qui détruit des vies : qu’il s’agisse du chômage, de la précarité, de l’isolement ou du racisme. C’est cette réalité, cette souffrance du quotidien, que les quartiers de banlieue et les zones rurales délaissées ont en commun. Et c’est sur cette base qu’ils peuvent se rassembler.

Se rassembler et agir. Être offensif : « J’attends pas d’être touché personnellement pour bouger, nous dit Youcef Brakni. Je bouge sur tout ».

Ne plus laisser les gens qui souffrent de racisme seuls face à une situation inacceptable. Ne plus laisser passer les violences policières perpétrées en banlieue. De la même manière, ne pas laisser passer la répression des militants des milieux ruraux comme à Bure.

Créer des alliances concrètes entre des gens qui luttent, sur tous les territoires.

Pour que la honte change de camp : « Macron, c’est l’émergence de la fin de la honte. C’est la possibilité d’insulter les gens, d’insulter les dominés Et nous ce qu’on va faire aujourd’hui, c’est retourner la honte, pour faire en sorte que ce soient ces gens là qui aient honte. »

 

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