Une auxiliaire de santé, un futur gendarme et un policier au cœur de la mobilisation des gilets jaunes

Paris, le 8 décembre 2018

Aujourd’hui, on s’est mêlé aux premières lignes des gilets jaunes à Paris, pour voir, entendre, comprendre. Un a pu discuter avec une auxiliaire de santé, un futur gendarme, et un policier. 

 

14H, avenue de Friedland.

En première ligne, un jeune homme tombe. Il reste allongé au sol, sans bouger. Très vite, une dizaine de personnes se portent à son secours, et le transportent sur le côté de la rue. Quinze minute plus tard, on retrouve Gwenaëlle (prénom modifié), 30 ans, qui avait aidé le jeune homme :

« Il s’est pris un tir de flashball en pleine tête. En plein dans la tempe. Il est tombé raide. Du coup on s’est précipité pour l’aider, le mettre un peu à l’abris. Il doit avoir 20 ans, il était avec son père et son frère. Le gamin répondait plus, il avait l’air d’être sous acide, c’est dingue ! C’est sûr que son cerveau est touché, il est resté 15 minutes dans cet état, jusqu’à ce que les pompiers arrivent pour l’emmener. Sa famille était en état de choc.

Moi, ce qui m’a surpris, c’est que quand on s’est mis à faire un rideau de protection, pour l’emmener plus loin, j’ai vu des mamans, des hommes de 60 balais, des jeunes, de tout. Et pourtant c’était en première ligne de la manifestation, là où les médias nous disent qu’il y a que des casseurs, ou des ultra-gauches ! Non, c’est sur le peuple que les forces de l’ordre tirent !

C’est pour ça que je suis venu aujourd’hui ! Pour aider un peu ces gens, avec mes petites capacités d’auxiliaire de santé… »

 

18H, rue de la Boétie

On sort des Champs-Elysées, pour se diriger vers la Gare Saint Lazare. Sur le chemin, on croise Nicolas (prénom modifié), 21 ans, venu de Nantes pour manifester.

« – Là je m’en vais parce que ça va commencer à être chaud, ils vont interpeller tous ceux qui restent dehors, sans distinction. Et comme j’ai une cagoule, c’est sûr que je vais me faire embarquer !

– Mais du coup, pourquoi tu viens avec une cagoule ?

– Bah, en fait, moi, je veux devenir gendarme. Je suis en train de préparer les concours en ce moment… Donc si on voit mon visage en manif, je suis foutu. Je fous en l’air ma vie et mon avenir.

– Mais tu tiens quand même à venir, malgré le risque.

– Oui ! C’est important, ce qui se passe. On ne peut pas ne pas y participer ! Les gens se battent vraiment pour l’intérêt du peuple, pour nous tous ! Il faut être là !

– Et toi qui viens de passer une journée à Paris pour manifester, ça remet pas en cause ton envie d’être gendarme ? Parce que quand tu appartiens à l’armée, t’es obligé d’appliquer les ordres. Par exemple face à un mouvement comme ça, tu pourras pas faire grève, ou objection de conscience. Tu seras obligé d’aller au charbon.

– Bon, après ça dépend… Je trouve que Paris, c’est spéciale quand même. La j’en ai vu beaucoup, des CRS ou des gendarmes, ils avaient l’air d’aimer ça, de casser du manifestant ! J’ai même entendu qu’il y en a qui tiraient des flashballs au niveau du visage. C’est interdit par la loi, et ça peut tuer. Ça, c’est dégueulasse !
Mais j’ai vu aussi, en province, des gendarmes enlever leurs casques pour montrer leur soutient, ou s’habiller avec leur gilet jaune, pour montrer leur soutien.
Le problème, c’est que si tu es le seul de ton bataillon à faire ça, tu te fais virer. Je pense qu’il y a beaucoup de gendarmes qui ne font rien, parce qu’ils ont peur pour leur emploi.
Le moment venu, ça sera à moi de voir avec ma conscience… »

 

19H, Gare Saint Lazare

« Le mec en noir ! »

A l’entrée de la Gare Saint Lazare, la police, à l’aide de la SNCF, avait organisé un barrage filtrant. J’ai eu le plaisir de me faire contrôler. Le policier m’attrape, me jette sur le côté.

« – Doucement là, vous pouvez me contrôler tranquillement !
Comment ça doucement ?! Ça fait depuis 6 h du matin que je suis en service, alors me demande pas de faire doucement !  »

Il sort, tour à tour, de mon sac, mes gants, mes lunettes de protection, ma trousse de secours.

« – C’est quoi tout ça ?

– Bah c’est mon matériel de protection.

– Pour quoi faire du matériel de protection ? Normalement, quand ça commence à chauffer en manif, on s’en va, on reste pas.

– Ouais enfin je sais pas si vous avez remarqué, mais en ce moment, elles partent vite en cacahuète les manifs… Et puis moi cet après-midi, j’ai vu un jeune se prendre un flashball dans la tête. Alors oui, je viens protégé. Mais vous voyez bien que j’ai pas de matériel offensif, j’ai que du matériel de protection…

– Ce matériel, c’est exactement ce que les casseurs ont sur eux ! Alors comment je fais mon métier, moi ? »

Surexploiter les forces de police, les motiver par la prime, leur faire du chantage à l’emploi, les mettre sous pression permanente. Tout est fait pour que les forces de l’ordre se radicalisent, et en vienne à tirer sur leur propre peuple. Un peuple qui va lui même se radicaliser, car il découvre petit à petit que les violences policières ne se font pas que sur la « racaille de banlieue » ou les « ultras », mais bien sur tous les ennemis des puissants. 

La technique de pourrissement du chefaillon Macron et de son gouvernement est extrêmement dangereuse, et le jour ou il faudra rendre des comptes, il faudra pouvoir désigner clairement le coupable…

 

 

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