Macron, on tient le cap autoritariste

La répression qui s’abat actuellement sur les Gilets Jaunes choque. Par son intensité, mais surtout parce qu’elle touche maintenant des gens qui n’avaient pas l’habitude de se rebeller. La dérive autoritaire macronienne, est en fait plus le maintient d’un cap, qu’une dérive. 

 

C’est en effet depuis le début du quinquennat, que tout mouvement contestataire est réprimé avec force. Le ton est d’abord donné lors de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : Environ 2 500 gendarmes[1], plus de 1 400 grenades tirées par jours [2], donc des grenades lacrymogènes et des grenades explosives (la France étant le seul pays à utiliser des grenades explosives contre sa propre population [3]), une main arrachée [4], et des centaines de blessés.

Durant tout le printemps, le mouvement contestataire étudiant subit une répression sans précédent. La police est régulièrement amenée à pénétrer dans les universités pour déloger les occupants, plusieurs étudiants sont condamnés à de la prison ferme [5].

En Juin, à Bure, un avocat de militants anti-nucléaires est mis en garde à vue. Au moment des faits, un collectif d’universitaires dénoncent dans le journal Libération un phénomène « historiquement très rare et ne s’observe que dans des contextes de crises extrêmement graves, en particulier de guerre. »[6]
En octobre, le tribunal de grande instance de Bar-le-Duc juge le journaliste militant Gaspard d’Allens sans prévenir l’accusé. Une atteinte grave aux droit de l’Homme. 
Pendant ce temps, sur le terrain, les habitants sont « suivis, fichés, filmés, et contrôlés, et parfois à plusieurs reprises en l’espace de quelques heures. »[7]

Pendant la première année de mandat de Macron, la répression policière et judiciaire s’est banalisée. Mais avec le mouvement des Gilets Jaunes, elle semble franchir un nouveau cap. 

Depuis le 17 novembre, on aurait assister à 4523 interpellations de Gilets Jaunes[8],donc de nombreuses à « titre préventif ». Le côté arbitraire de ces interpellations pose question. En effet, parfois, le simple port de masques de protection suffisait. Comme si le fait de ne pas vouloir suffoquer sous les lacrymogènes était un délit en soi… Certains manifestants se sont vu confisquer des objets pour le moins inhabituels : « Je me suis fait confisquer mes gants de scooter ! Des petits gants en cuir ! C’est d’autant plus stupide que c’était à la fin de la manifestation, quand je rentrai chez moi. Quand j’ai répondu au flic que ce n’était pas interdit par la loi et qu’il n’avait pas le droit de me prendre mes gants, il m’a envoyé chier en me disant qu’il s’en foutait…«  nous confie Yoann (prénom modifié) manifestant parisien, après la mobilisation du 8 décembre.

Mais en dehors de ces interpellations à « titre préventif », c’est la décharge de violence de la part des forces de l’ordre qui a choqué, ce samedi. Les nombreuses vidéos de tirs de LBD 40 se multiplient sur internet, surtout lorsqu’elles ont lieu contre des manifestants non menaçants[8]. Les tirs à la tête se sont multipliés [9] (tirs qui, rappelons le, sont interdits par la loi sauf en cas de légitime défense). Entre autres, ne jeune femme a perdu un œil sur les Champs-Elysées [10]. Le 1er décembre, à Bordeaux, c’est un homme de 60 ans qui s’était fait arracher la joue [11].

Yoann, lui, nous raconte : « Un jeune s’est pris un tir en pleine tête, à 10 mètres de moi. Il se passait pas grand chose à ce moment, il y avait juste une petite barricade, à 20 mètres de la police. Il est tombé direct ! On a couru pour le secourir, mais il avait l’air complètement KO, il maîtrisait plus son corps, il arrivait pas à parler. Ça a duré 15 minutes, jusqu’à ce que les pompiers arrivent, et il avait toujours pas repris le contrôle de son corps ou de son esprit. On sait même pas ce qu’il est devenue. Il était venu manifester avec son père et son frère !
Un peu plus tard, un pot à moi s’est pris une balle dans l’épaule, par derrière. On était en train de courir parce que ça commençait à sentir le roussis. On peut m’expliquer comment ils peuvent tirer dans le dos de gens qui courent, si c’est une arme de défense ?! »

Autre arme incriminée, la grenade explosive GLI-F4. A Bordeaux, un jeune homme a eu la main arrachée [12]. L’utilisation de cette grenade, contenant du TNT, fait débat depuis longtemps. Ce qui n’a pas empêché les forces de l’ordre d’en lancer allègrement sur la foule. « J’ai parfois compté sept tirs de grenades GLI F4 en une minute », Ian, membre du collectif Désarmons-les à Basta Mag [13].

Mais encore plus inquiétant, il semble que ce week-end, de nombreux photographes et journalistes aient été pris pour cible dans la répression [14]. Cette attitude des forces de l’ordre pose des questions très sérieuses pour la liberté de la presse.

Cerise sur le gâteau, Marianne nous informe que les véhicules blindés mobilisés sur le terrain ce samedi étaient secrètement équipés d’une réserve de liquide incapacitant capable d’ « arrêter net, mettant les gens à terre, même avec des masques » Un dispositif radical qui ne devait servir qu’en dernier recours [15]. Les services de la gendarmerie ont démenti l’information, précisant qu’il s’agissait de « disperseurs » de « poudre lacrymogène » – d’une puissance équivalente à 200 grenades et bien considérée comme « incapacitante » – mais « rien qui puisse ‘stopper net’ des êtres humains » [16].
Des gaz incapacitants, 200 fois plus puissants qu’une grenade lacrymogène, et tenus secrets, donc… Nous voilà rassurer…

Toute la semaine ayant précédé la mobilisation du 8 décembre, il faut par ailleurs noter la forte répression qu’ont subit les lycéens opposés à la réforme du baccalauréat. Mis à part les images impressionnantes des jeunes mis à genoux à Mantes-la-Jolie (source), ce sont plus de 700 lycéens qui ont été interpellés jeudi 6, sur l’ensemble du territoire. A Saint-Ouen, un jeune a été blessé par un tir de flashball [17].

Enfin, la répression prend également un tournant politique ces derniers jours, avec la mise en garde à vue du président des Amis de la Terre, Florian Compain, ainsi que Denys Crolotte, du Mouvement pour une alternative non violente, pour avoir maintenu la marche contre le climat à Nancy. « Le préfet m’a téléphoné, vendredi matin, alors qu’il se trouvait avec le maire de Nancy et le procureur général,raconte Florent à Reporterre sous une pluie battante. Il m’a demandé d’annuler la Marche au motif que les Gilets jaune constitueraient une menace pour nous. Pire : d’après le préfet, ils seraient armés! Les policiers eux-mêmes m’avoueront que c’est totalement faux!» [18] Une manifestation qui s’est d’ailleurs déroulée sans heurts.

Alors que Macron écrasait déjà toute contestation sociale par la force quand il ne se sentait pas en danger, on peut se demander ce qui va advenir maintenant qu’il sent monter la colère du peuple. La répression forte qui touche le mouvement des Gilets Jaunes, entre autres, est une première réponse. Jusqu’où le pompier-pyromane est-il prêt à aller ? 

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