Au collège Politzer, le Haut Montreuil se mobilise pour réclamer une éducation de qualité

Dégradation des conditions de travail des enseignants et d’apprentissage des élèves, coupures d’eau, d’électricité, absence d’internet, sous effectif… Pour le collège Politzer de Montreuil, situé en REP (Réseau d’Education Prioritaire), la liste des problèmes est longue. Mais parents, profs et élèves ont décidé de se rebiffer. 

Des conditions d’apprentissage et de travail dégradées

Des locaux vétustes

« Sur les cinq dernières années,  on a vu une énorme dégradation de nos moyens de travail matériels » nous confie Arthur, enseignant depuis trois ans dans l’établissement. « On a un collège très vétuste, très vieux, qui date de la fin des années 50. Chez nous, c’est de l’analogique, alors qu’aujourd’hui tout passe par la fibre. Donc à chaque fois qu’on fait des réparations, ça tient pas. Notre chaudière est tombée en panne l’année dernière. Et on a régulièrement des coupures d’eau et d’électricité. »

L’impossibilité de remplir certaines exigences pédagogiques

Le collège fait partie des 20 collèges sur les 151 du 93, situés en pleine « zone blanche » par rapport à internet. Donc depuis 8 ans, et malgré les promesses, ils travaillent sans. 

« On ne peut pas former nos élèves sur internet. Alors qu’évidemment sur le marché de l’emploi, vous vous imaginez bien qu’il y a pas plus aucun travail qui embauche sans ce type de compétence. »

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Un sous effectif du personnel d’établissement

« Aujourd’hui on se retrouve sans infirmière à temps plein, sans assistante sociale à temps plein, et sur des quartiers sensibles comme le notre, ou il y a quand même beaucoup de pauvreté, une assistante sociale qui connaît bien les dossiers familiaux, c’est très important. A mi-temps vous avez pas le temps de faire un travail de qualité, de faire un travail humain. C’est impossible. Et puis on a qu’un seul assistant pédagogique, il nous en faudrait au moins 2 de plus, pour pouvoir travailler. »

Comme dans beaucoup de collèges de REP, l’Education Nationale envoie des enveloppes d’heures supplémentaires pour répondre à la demande de création de poste. Un pansement sur une jambe de bois. Car justement, si l’établissement est qualifié de prioritaire, c’est qu’il nécessite plus de moyens et d’attention. [1] 

« En gros, ça donne des professeurs à 22 heures de présence par semaine (contre une moyenne de 2O heures en temps normal [2]). Dans ce collège, les conditions de travail sont déjà épuisantes. Et les seules réponses qu’on donne à des enseignants qui sont déjà épuisés, c’est de faire des heures supplémentaires. C’est pas une réponse !  

Nous, on veut que le nombre d’élèves soit limité à 20 par classe. Pour l’instant, en moyenne, on est plutôt à 25-26 élèves. Et on a même peur qu’on nous supprime une division, ce qui alourdirait encore le nombre d’élèves par classe. »

Quelques victoires encourageantes pour la suite

Depuis le début de la mobilisation, des réponses encourageantes ont été données à certaines revendications.

« On a été reçu par le département, qui s’occupe principalement des locaux et des questions matériels, on a plutôt obtenu satisfaction. On a eu des réparations sur le réseau téléphonique, le réseau informatique, des promesses également sur l’installation de la fibre. Pour l’instant ça reste des promesses. On en a depuis 8 ans, mais disons que là ils se sont vraiment engagés par écrit, et on a eu des techniciens qui se sont déplacé pour la première fois. »

L’Education Nationale, elle, fait toujours la sourde oreille aux demandes de création de poste.

« On reçoit plutôt des coups de pression, pour nous intimer l’ordre de reprendre le travail.  Les parents d’élèves reçoivent des messages, leur disant que si enfants ne retournent pas en cours, ils seront comptabilisés comme absents, avec le risque, évidemment de tomber sous le coup d’un manquement à la loi. »

C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, une quarantaine de personnes ont décidé de se rendre à Bobigny, devant les bureaux de la DSDEN (Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale) du 93 pour manifester et se faire entendre.

Ils s’y rendront en car. Un car prêté par la Mairie de Montreuil.

« On est soutenus par la Mairie. On a aussi le soutien du député de la circonscription, Alexis Corbière (FI). »

Une lutte collective soutenue dans le quartier

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Depuis le 8 janvier, la lutte prend différente formes, et tout le monde y participe, professeurs, parents et élèves.

« On alterne entre une grève des enseignants, un blocus du collège, et des opérations école déserte. »

Les parents d’élèves ont d’ailleurs une place très importante dans le mouvement :

« Franchement, on (les enseignants) se demandait si on allait continuer cette semaine, parce que cinq jours de grève, ça fait déjà un quart du salaire du mois qui part. Et on a beaucoup de jeunes profs, de stagiaires, pour qui c’est compliqué au niveau financier. C’est vraiment les parents d’élèves qui nous ont remobilisés cette semaine. Ils sont venus nombreux à la réunion d’information, et maintenant, c’est vraiment un mouvement qu’on crée ensemble. »

L’an dernier, c’était l’école primaire Daniel Renoult, située juste en face, qui s’était rebiffée. [3]. C’est tout le quartier qui prend l’habitude de se mobiliser. « Ça dépasse même le quartier. On peut parler d’une mobilisation du Haut Montreuil. »

L’importance de la lutte collective pour le quartier

La ville de Montreuil est construite sur une fracture géographique, sociologique, entre un « bas » mixte, gentrifié, accessible en métro et connu des Parisiens, et un « haut », coupé des transports en communs, plus pauvre. [4] Deux Montreuil qui ne se rencontrent que peu : « Le pôle de gravité des gens, ici, c’est Rosny 2, plutôt que Croix de Chavaux ou Mairie de Montreuil. » 

Et avec l’arrivée du tramway 1 et de la ligne 11 dans le Haut Montreuil est en passe d’amener avec lui une flambée des prix immobiliers et une vague de gentrification. [5]

« La rénovation du tramway, c’est un peu la seule réponse qu’on nous fait à chaque fois. Alors que nous, ça change pas nos conditions de travail. Je pense que beaucoup d’élites à Bobigny pensent qu’avec l’arrivée du transport en commun il y aura un changement de population et que, donc, la réponse aux problématiques sociales va venir d’elle même. »

Et dans ce contexte, il est essentiel de ne pas rester passif, en attendant de se faire remplacer par une population plus privilégiée. De s’approprier l’espace, créer une conscience collective, une solidarité de quartier, par et dans la lutte.

« On sait pas si on va tenir, mais tout ce qu’on a déjà construit, ce qu’on a déjà obtenu, on pourra pas nous l’enlever. »


Pour soutenir le mouvement, vous pouvez signer la pétition ici et vous tenir informé sur la page Facebook là.

Sources et liens

[1] L’Etudiant.fr, REP, ZEP : C’est quoi l’éducation prioritaire ?, 2017
[2] Ministère de l’Education Nationale, Note d’information sur le temps de travail des enseignants du second degré, 2010
[3] France 3 Paris IDF, Sécurité : opération école déserte à Montreuil, 2017
[4] L’obs, La ville schizophrène, 2012
[5] Le Parisien, A Montreuil, les prix de l’immobilier s’envolent, 2019

 

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