A Colombes (92), un lycéen préparant le bac risque d’être expulsé

Yassine est en Terminale S au lycée Maupassant, à Colombes (92). Arrivé à 15 ans en France, il compte passer le baccalauréat à la fin de l’année. Mais c’était sans compter sur la décision quelque peu extravagante de la préfecture de Nanterre. 

« Quand j’ai eu 18 ans, à la fin de la validité de mon titre d’identité républicain, j’ai demandé un titre de séjour et ils me l’ont refusé. Ils m’ont dit de quitter le territoire français dans un délais de 30 jours. » 

Pris de cours, Yassine dépose alors en urgence une demande de recours gracieux pour abroger l’OQTF (obligation à quitter le territoire français), et pouvoir terminer tranquillement son année et passer son bac.

C’est par voie de presse, dans un article du Parisien [1], qu’il apprend quelques jours plus tard que sa demande serait refusée. La cause : Sa mauvaise intégration.

Un prétexte qui surprend tout le monde

« Je comprends pas pourquoi ils parlent de problème d’intégration, personne comprend. J’ai jamais eu de problèmes avec la justice, mes pots sont français, ma petite amie est française… Ça se passe bien, je connais même la Marseillaise ! »

Pour sa prof de philo, parler de problèmes d’intégration« c’est faux, c’est absolument faux. Il est parfaitement bien intégré dans l’établissement scolaire et à l’intérieur de sa classe. Pour nous ses professeurs, il n’y a absolument aucun problème. Et rien ne nous a été rapporté en ce sens de l’extérieur de l’établissement. 

C’est un élève extrêmement curieux, qui pose beaucoup de questions, en tout cas en philosophie. Il cherche vraiment à comprendre les choses. Et je pense que ça rejaillit forcément dans sa manière de vivre, dans son rapport au monde. » 

Un large soutien de ses proches

« Nous on est dégoûtés, c’est triste ! nous confie un de ses camarades. Il est venu ici pour étudier, et du jour au lendemain… Surtout qu’il en parlait pas au début, il voulait pas en parler. Au bout d’un moment il a plus eu le choix, et nous, on a fait le nécessaire pour l’aider… »

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Et en effet, Yassine peut compter sur un large soutien. Une pétition lancée par le Réseau Education Sans Frontières [2] à recueilli plus de 4000 signatures en une semaine de mobilisation. Cet après-midi, ils sont une soixantaine d’élèves, parents, professeurs, syndiqués et membres d’associations à s’être déplacés devant la préfecture de Nanterre, et une délégation a été désignée pour rencontrer le préfet et défendre le jeune homme.

Une situation absurde

« La situation n’est pas normale. C’est un élève qui est engagé dans sa scolarité. Lui enlever maintenant la possibilité de passer son bac, je trouve que c’est une totale absurdité. regrette sa professeure. Il faut le laisser aller jusqu’au bout, et qu’après sa situation soit réexaminée, et que lui-même puisse fournir tous les justificatifs nécessaires. Mais de le couper maintenant, je trouve ça absurde. »

« C’est pour ça qu’on se mobilise, pour lui permettre de retrouver des conditions de sérénité. Pour qu’il puisse se remettre à travailler, et réussir son bac. Et on a pas l’intention de lâcher l’affaire. » 

Construire sa vie en France

Pour Yassine, le bac est une étape importante, mais c’est sur le long terme qu’il veut rester en France. D’abord pour rester proche de sa famille :

« Mon frère a la nationalité française, et mes sœurs ont un titre de séjour mais elles ont demandé la nationalité, et vont l’avoir. Toute ma famille est en France, à part mes parents qui sont au Maroc. »

Rester en France, également pour construire son avenir. Car Yassine a des projets :

« Si j’ai mon bac, je compte faire des études de science théorique, étudier la laïcité. Au Maroc, il y a des possibilités, mais beaucoup moins qu’ici. Je veux un futur en France, travailler en France. Je veux rester ici, je suis pas venu pendant quatre ans pour repartir au Maroc ! »

La décision de la préfecture de Nanterre reste incompréhensible pour Yassine, pour ses proches et ses professeurs. Il faut espérer que la délégation réussisse à remettre un peu de logique dans cette situation absurde et dans les idées du préfet…


EDIT (23/01/2019)

La mobilisation et la délégation semblent avoir fait son travail, et la préfecture prévoirait de réexaminer le dossier en intégrant notamment un courrier du proviseur qui soutient le lycéen.

« On attend une réponse positive par mail d’ici la fin de la semaine prochaine. Sinon, il y aura une nouvelle mobilisation » a déclaré un enseignant de Yassine au Parisien [3]


Pour signer la pétition : https://urlz.fr/8IUc

Sources et liens :

[1] Le Parisien, Hauts-de-Seine : deux lycéens menacés d’expulsion pourront passer leurs examens, 14 janvier 2019
[2] Site internet du Réseau Education Sans Frontières
[3] Le Parisien, Colombes : Nouveau sursis pour Yassine, le lycéen menacé d’expulsion, 23 janvier 2019

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