Lettre de remerciement d’un Gilet Jaune à Jupiter

Quelques part en France, le 28 janvier 2019

Cher Manu,

Depuis maintenant 72 jours, les Gilets Jaunes tiennent les ronds-points et manifestent contre un monde injuste, un monde qui ne tourne plus rond, qui ne leur ressemble plus. Beaucoup t’incriminent, te critiquent, demandent ta démission. Les ingrats ! C’est oublier tout ce qu’ils te doivent. Je tiens à rendre à Jupiter ce qui appartient à Jupiter.

Parce que c’est toi, Manu, qui as réussi à réveiller le peuple français. Toi qui, pourtant, appliques la même politique néolibérale débridée que tes prédécesseurs. Mais ce que tu as fait de beau, c’est que toi, tu as enfin assumé le mépris de classe, la condescendance et la haine du pauvre qui gangrènent le pouvoir depuis des décennies.

Toi, tu as osé dire ce que tu pensais. On a pas eu besoin, comme avec François, d’une femme humiliée ou de journalistes sans scrupules. Les « rien », les « gaulois réfractaires », « cyniques » qui n’ont pas assez le goût de l’effort, tu nous l’as dit cash… Et ça nous a fait du bien !

Du bien car enfin les gens ont pu se foutre en rogne. Ils ont pu mettre un visage sur la souffrance qu’ils ressentaient au quotidien. Ton visage, juvénile et prétentieux. Le visage d’un petit mégalomane qui ne se cache plus pour cracher d’en haut sur les gens d’en bas.

L’ennemi sans nom et sans visage que voulait combattre François, cette finance vampirisante, cette oligarchie méprisante, tu as su les incarner. Elle en a maintenant un de nom, de visage. Et c’est quand on peut donner un nom à son ennemi qu’on peut enfin le combattre.

Manu, grâce à toi, nous avons identifié l’ennemi.

En 72 jours, j’ai pu rencontrer des gens que je n’aurais jamais pu rencontrer avant. Des gens qui restaient cloîtrés chez eux, dans leur souffrance et leur angoisse du lendemain, et qui se laissaient aigrir petit à petit par la solitude et la misère. Ces gens là sont sorti, de chez eux, de leur résignation, et se sont réuni pour ne plus subir. Ils ont repris l’espace public, leur espace, sur les places, sur les ronds-points.

Manu, grâce à toi, les invisibles sont redevenus visibles.

J’ai vu des gens parler politique, sans honte et sans sentiment d’infériorité. Des gens de tous bords, des gauchos, des droitars, des gens se disant « apolitiques ». Je les ai vu échanger, se confronter, s’engueuler, parfois tomber d’accord, d’autres fois tomber d’accord sur leurs désaccords. J’ai vu une conscience collective naître, des consensus se faire, des revendications politiques émerger. J’ai vu un peuple reprendre en main la chose publique, la res publica, la République.

Manu, grâce à toi, les Français ont recommencé à faire de la politique. 

J’ai vu en manifestation des gens que je ne voyais jamais avant. J’ai vu tous ces gens choqués par la répression policière, une répression qu’ils vivaient pour la première fois, qu’ils ne comprenaient pas, eux qui étaient simplement venus demander le droit à une vie décente. Ils étaient beaucoup, avant, à soutenir la répression dans les cités, dans les manifs de gauchistes ou sur les ZAD. Beaucoup ne le feront plus, car ils ont compris que toute dissidence, si légitime et juste qu’elle soit, est réprimée avec force.

Manu, grâce à toi, les gens on compris que tous vos privilèges ne tiennent que par la peur et la violence.

J’ai rencontré un Catalan, une Polonaise, un Brésilien, des Belges, des Espagnols, des Hongrois. Tous nous regardent avec attention, admiratifs et inquiets en même temps, et curieux de voir la suite. Car ils connaissent l’Histoire, et ils savent que se qui se passe en France peut très vite influencer le reste du monde.

Manu, grâce à toi, les Français se rappellent de leur histoire insurrectionnelle.

Pour tout ça, Manu, je tiens sincèrement à te remercier.

Mais malheureusement, comme les bonnes actions n’effacent pas les mauvaises, tu dois savoir qu’au moment venu, tu devras répondre de chaque œil explosé, de chaque main arrachée, de chaque pied en bouillie. Tu devras répondre de chaque acte de violence policière gratuit, de chaque arrestation arbitraire, de chaque condamnation abusive. Tu devras répondre de la mort de cette vieille dame à Marseille, touchée par un éclat de lacrymo dans son propre appartement. Tu devras répondre du coma de ce pompier, tombé sous les balles de LBD à Bordeaux.

Car c’est ça, être Jupiter. C’est assumer ses responsabilités quand arrive l’addition. 

Un citoyen français

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