Le chlordécone est non cancérigène, la nouvelle banane présidentielle

Ce vendredi 1er février, nouvel acte du show Macron. A l’Elysée, celui-ci reçoit une soixantaine d’élus d’Outre-Mer. L’effort est intense. Après de heures de débat, patatrac, le président dérape : Le chlordécone, pesticide utilisé dans les bananeraies antillaises de 1972 à 1993, n’est pas cancérigène, nous apprend-il. De quoi faire grincer les dents des spécialistes… Et éviter à l’Etat de dépenser quelques euros.

L’horloge indique 18 heures. Le président a retroussé ses manches, et s’évertue à expliquer la vie aux élus ultramarins. Quand tout à coup, alors que le débat s’axe sur le chlordécone, le coup part :

« Faut pas dire que c’est cancérigène. Il est établit que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement […] mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène, parce qu’à la fois, on dit quelque chose qui n’est pas vrai, et on alimente les peurs. »

La communauté scientifique s’indigne

Une affirmation du président qui n’est pas du goût de toute la communauté scientifique.

Très rapidement, les professeurs Luc Multigner (directeur de recherche de l’INSERM) et Pascal Blanchet (chef du service d’urologie du CHU de Point-à-Pitre) s’insurgent contre la fakenews présidentielle, et réagissent le lendemain par un communiqué :

Les deux chercheurs rappellent notamment que le caractère cancérogène du pesticide est établit de longue date (1979) par l’OMS chez le rat et la souris, et qu’une étude menée en 2010 montre que l’exposition au pesticide est associée à un taux plus élevé de cancer de la prostate.

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Le Magasine de la Santé, sur France 5, remet quant à lui un carton rouge au président, en lui demandant de bien vouloir « reconnaître également la valeur scientifique de [ses] enseignants chercheurs et la souffrance des milliers de malades aux Antilles. »

L’Elysée bafouille

Contacté par Le Monde, l’Elysée plaide le malentendu :

 « Le président n’a jamais dit que le chlordécone n’était pas cancérigèneQuand il dit : “Il ne faut pas dire que c’est cancérigène”, c’est une façon de dire : “On ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir.” »

Chacun appréciera le niveau de novlangue…

Emmanuel Macron avait d’ailleurs eu du mal, après cette sortie de piste, à se dépêtrer de l’insistance de Victorin Lurel, sénateur PS de la Guadeloupe, qui demandait au président, en vain, de lui prouver que le chlordécone n’est pas cancérigène.

« Je ne suis ni chercheur à l’INSERM, ni chercheur à l’OMS », répliquait alors Emmanuel Macron. Ce qu’on lui concède volontier. Mais dans ce cas, autant s’abstenir de raconter des bêtises… Dur, dur, d’avouer son erreur lorsqu’on s’appelle Jupiter…

Touche pas au grisbi…

Sur ce dossier, le président fait donc preuve de méconnaissance. Mais pas que… Car en effet, la reconnaissance du caractère cancérogène du chlordécone a un intérêt économique important ; celui de l’indemnisation des victimes.

En septembre dernier, le président, qualifiant la pollution au chlordécone de « scandale environnementale », annonçait que « la procédure d’ouverture du registre des maladies professionnelles sera engagée par le gouvernement dès le 2 octobre pour le régime général (de la Sécurité sociale) et le 9 octobre pour le régime agricole. »

Stupeur, donc, lorsque le 21 janvier 2019, la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale avait rejeté la proposition de loi de la députée socialiste de Guadeloupe Hélène Vainqueur-Christophe, pour la création d’un fond d’indemnisation des victimes du chlordécone. Un rejet que l’un doit, en grande partie, aux députés de la majorité présidentielle.

Car pour  Albane Gaillot, députée LREM, il faut taper plus large :

« Au delà des réparations pour les victimes du chlordécone, un rapport au Parlement sur les modalités et le financement d’un fonds d’indemnisation pour les victimes des produits phytosanitaires est en cours. Conformément aux préconisations du président de la République, nous avançons sur le chemin de la réparation en créant un fonds d’indeminsation pour les victimes des produits phytopharmaceutiques (…) Nous vous rejoignons sur l’urgence que représente la réparation des victimes du chlordécone, mais estimons que cette réparation doit se faire dans un cadre plus large ».

La proposition de loi aurait donc été rejetée par manque d’ambition…

Pour autant, le grand projet de création du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides vient quant à lui d’être une nouvelle fois (la troisième) reportée à l’automne prochain…

Les neufs Antillais contaminés sur dix n’ont qu’à prendre leur mal en patience… Et ils peuvent se le permettre, car, comme vient de nous l’enseigner Jupiter, le chlordécone n’est pas cancérigène…

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